Marlène Belilos

Je suis arrivée en Suisse après être née en Égypte, vécue à Milan, à Monaco. J’étais égyptienne et juive, je me suis retrouvée apatride et athée.
J’habite en France et me sens européenne.
Mais j’essaie de m’expliquer ce paradoxe suisse.
Pourtant les Suisses par leur situation géographie centrale, mais peut-être à cause de celle-ci, par leur antériorité sur la réflexion européenne, rappelons que Jean Monnet, un des pères de l’Europe,  choisit la Suisse en 1978 pour y installer la Fondation Jean Monnet  qui existe toujours à  Lausanne-Dorigny,  les archives de Jacques Delors y furent aussi déposées. Les suisses avaient tout pour être les premiers européens.Jean Monnet au sortir de la guerre pour en éviter une nouvelle estimait qu’il fallait renouer les relations entre la France et l’Allemagne et surtout fonder des institutions supranationales.
Pour ma part, j’écoutais en 1964, déjà, les cours d’Henri Rieben  suiveur Monnet et fervent défenseur de la CECA, mon professeur en sciences politiques , j’eus l’occasion de rencontrer Denis de Rougemont, auteur de « l’Amour et l’occident », qui fonda le Centre européen de la culture en 1951. Pour Denis de Rougemont, « Il n’y a d’amour » que quand il y a langage, cité par Jacques Lacan, habitant  de Genève, il prônait l’Europe de la culture.
Ainsi la Suisse ne manqua pas de fées européennes qui se penchèrent sur son berceau.
Mais malheureusement si on peut dire, la Suisse pays “démocratique”, découpée en cantons, petite Europe a elle seule possède des institutions” exemplaires “qui aux mains des populistes peuvent se retourner contre elle. Initiatives nombreuses contre l’immigration, l’UDC parti populiste est devenu majoritaire.
C’est ainsi qu’en 1992, le référendum qui militait pour l’entrée de la Suissenon  dans l’Europemais dans l’espace économique européen soutenu par tous les partis, les intellectuels les cantons villes, obtint un retentissant non.Les populistes s’étaient appuyés sur les cantons campagnes.
La Suisse choisit alors une voie de traverse, les accords bilatéraux, elle a cela en commun avec la Norvège et l’Islande, être dedans et dehors à la fois, pas membre de l’UE mais un statut sur mesure dans  l’espace européen. C’est ce statut qui aujourd’hui vole en éclatsfaute d’une actualisation via un accord cadre.
La libre circulation étant la principale pierre d’achoppement, une libre circulation qui mettraità mal la politique salariale de la Suisse qui craint de voir un vrai dumping social.

Dedans ou dehors, la Suisse doit choisir.
La neutralité de la Suisse fait d’elle une nation à part, et aujourd’hui alors que la réalité économique lui dicterait sinon une entrée dans l’union, mais au moins de conserver un statut lié à l’union, elle tergiverse.
Il est vrai que son statut à part lui a offert bien des avantages, notamment ses exportations vers l’Europe.
Mais la Suisse veut continuer avec son statut privilégié, l’Angleterre et son Brexit ne lui laisse plus le choix.
L’Europe ne peut se permettre cette “exception”.
Alors? Va-t-elle se contenter d’être le dommage collatéral du Brexit? Préfigurer le sort de l’Europe victime des populistes.
Elle a été le modèle e l’Europe par excellence. Cette idée de modèle suisse se retrouve dans d’autres écrits de Richard Nicklaus de Coudenhove-Kalergi, ce prix Nobel  soutenu par Freud, et cité par Antoni Vicens.
Elle risque de devenir après l’Angleterre l’exemple de la non-Europe de demain.